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 Post subject: Chapitre 6 : Attaches
PostPosted: Thu Jul 15, 2010 3:45 am 
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Joined: Tue Nov 03, 2009 4:00 am
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Location: Alsace - France
Ce goût amer. Cette odeur putride. Cette boule au ventre. Cette envie de dégobiller.



La rancœur. La Mort. La peur. Le dégoût.



Il n’est même pas encore midi, que déjà, je suis las de tout. Je suis là, étendu, les muscles en feu, des douleurs aigues aux bras. Entre autres. Je n’aspire qu’à une nuit reposante, où seules les pensées pour ma femme me rassureront. Mais suis-je encore en mesure de rêver ? Suis-je même capable de fermer encore l’œil, sans craindre qu’un de ces foutus démon ne m’ôte la vie ?



Je n’ose me lever, de peur de voir encore l’un de ces monstres, abominations gigantesques, dont la seule présence inspire l’effroi. Leur visage à peine dessiné, leurs veines parcourues d’un liquide venu d’un autre temps et ce potentiel de destruction …



Une ombre file au sol. Est-ce un esprit malin, venu aspirer mon âme ? Est-ce l’un de mes frères, perdu entre deux mondes, dont les appels à l’aide ne me parviennent pas ? Est-ce le sinistre signe d’une flèche magique tirée pour transpercer mon cœur ? Je me tourne, légèrement, le regard en coin. Un oiseau passe. Un corbeau, charognard, attiré par l’odeur du sang frais tout juste coulé et des tripes fraîchement déversées.



Je n’entends plus un bruit, sinon celui du vent portant au loin cette affreuse odeur de mort. J’ai laissé l’incontinence s’emparer de moi, et le cauchemar ravager chacun de mes espoirs. J’ai honte, j’ai peur, j’ai froid. Je pleure, je vomis, j’attends. Je suffoque, je souffre, j’attends.



J’attends que la Lumière revienne, qu’Il dissipe les Ténèbres. Pourquoi ne nous a-t-il pas épaulé ? Nos prières sont-elles vaines ? Un dieu peut-il être aussi distant avec ses fidèles ? Je perds la foi … L’ai-je pourtant déjà vraiment eue ? J’ai toujours ressenti cette intime conviction, que la religion n’était là que pour contrôler la population, prétexte pour les couronnés, de droit divin soi-disant, dernière accroche à la vie, pour les manants qui n’ont plus que leur foi.



Je veux mourir, tout en survivant. Je ne veux plus affronter le regard de mon fils. Père indigne, mari faible, je veux simplement la revoir, et pleurer devant sa beauté. Elle est la plus belle chose qui me soit arrivé. J’ai toujours gardé précieusement ton bijou contre mon cœur, mon amour. Il m’a permis de garder les yeux ouverts, de croire en un futur moins sombre. Mais il n’en est rien.



Je suis là, allongé près de mon cheval, les bras tailladés. Je constate que je n’en aurais sûrement plus l’usage à présent. Ils sont déjà blancs, comme morts. Je peine à bouger le pouce. Et je ne m’en effraie même pas. Suis-je déjà conscient que je ne verrais pas le coucher du soleil ?



Je n’ose pas me lever. Je n’ai pas la force d’appeler à l’aide. Je dois d’ailleurs être le dernier survivant. Survivant à quoi ? A un massacre. Damnés soient ceux qui commandent et n’osent pas prendre les armes aux côtés de leurs hommes. J’ai entendu pourtant parlé de contrées où les chefs sont les égaux des soldats. Le Lengàdoc, terre des anges. Je garde la conviction qu’ils nous sauveront. Un jour ou l’autre. Le plus tôt serait le mieux. Rire me fait mal. Je ne fais donc que sourire. C’est peut-être tout ce qu’il me reste.



J’entends des cors, lointains. Je ne connais pas la sonorité. Ce ne sont donc pas des renforts français. Ces fils de putain, pactisant avec n’importe qui, n’importe quoi, tant que les territoires sont conquis, que les résistances sont brisées. Nous avons été brisés. J’espère que l’Aquitania ne tombera pas. Terre merveilleuse, je t’ai défendue au péril de ma vie. Pardonne mon incompétence. Mon manque d’expérience sans doute aussi.



Le son est chaud, le son est fort. J’entends l’espoir, la cadence de la libération. Je ferme les yeux. Je n’ai plus la force de les garder ouverts. Je sens le martèlement du sol, régulier. Puis un autre, plus rapide. Je le reconnaîtrais entre milles : la cavalerie. Cependant le trot est lourd. Très lourd. Le poids de la justice. C’est ce que je veux croire. Car une part de moi me met en garde : le royaume de France pactise avec le Diable. Et le Malin sait déguiser son œuvre.



Les tambours sont proches, très proches. Si j’ouvrais les yeux, je verrais leurs couleurs. Mais je n’y arrive point. Alors je savoure, chaque instant de cette douce mélodie. Puis les pas s’arrêtent. Quelques cris, quelques hennissements. J’entends un nom. Iehuiah.



Un ange ? Un démon ? Un simple lombard ?



Puis des bruits de pas. En armure. Ainsi qu’un battement dans l’air, régulier. Comme un rapace qui serait perché sur l’épaule de son fauconnier, battant des ailes afin d’asseoir son emprise.



Je sens sa présence. Rassurante, chaude. Je tends la main, du mieux que je peux. Il murmure, des paroles intangibles, inintelligibles. Puis, une main se saisit de la mienne. Je sens de la bienveillance. Du respect. Je crois qu’une larme s’est échappée. Et une voix s’est élevée, libératrice, pacificatrice.




- Second décret de Michael : je redonne tout ce qui appartient à mes ancêtres, à ma mère, à mon père, à ma femme et à mon fils, afin que plus rien ne retienne pour entrée dans Son Royaume.


[Ceci est donc le sixième chapitre de mon RP / Fluff sur ma faction du Lengàdoc / Legio Sancti. Vous trouverez les autres chapitres sur mon blog, dont le lien est en signature. Voilà, en espérant que cela vous plaise =) ]

_________________
Fidèle serviteur et Amoureux d'Azrael
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